Silvia Majerska

Printemps

Tu n’as aucune raison pour allonger les mots. Le temps passe vite, et le jour se termine encore à la même heure qu’hier.

Ou légèrement plus tard, et tu appelleras cette différence le printemps, comme si ces courtes minutes réchauffaient l’air pareillement à d’infimes radiateurs bien masqués. Et s’il est vrai qu’une consonne ne fait pas le printemps, le printemps, lui, peut faire une consonne.

Le temps, c’est plus qu’un mot, plus qu’une minute, plus que les jours de la semaine ; le week-end même n’est qu’un rouge à lèvres qui cache une bouche. Le temps, c’est cette lumière qui creuse les yeux dans ton visage tous les matins, et la nuit qui, pour quelques heures, referme les deux blessures, nommées sans doute avec un excès d’empressement.

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Écriture

Écrire, c’est mettre les oreilles à l’écart. Seuls les yeux peuvent pousser la porte de la lettre, de même que la langue seule déverrouille le goût du sucre. Ce n’est pas un hasard que la main cueille le fruit parfaitement mûr, et que la chair du fruit gonfle pour être cueilli.

Ainsi quand les lettres défilent sur la cornée, telles des voiles flottant à la surface des lacs, tels des bouts de doigts patinant sur l’écran tactile, elles ressemblent à une chaîne d’yeux qui lisent tes yeux.

Et la lettre est œil, et le fruit est langue – tant qu’il poussera sur les arbres.