Qu’est-ce que fait qu’un lieu puisse être improbable ?

 

Si on admet qu’un lieu puisse être plus probable qu’un autre dans le monde  prétendant détenir la certitude de ce qui est et de ce qui n’est pas, à quoi alors renvoie un lieu qui est improbable ? A un espace qui échappe à nos repères habituels dans l’espace et le temps ? à un lieu inexistant, ou seulement insaisissable puisque protéiforme ? à un lieu problématique dans sa relation au réel, à l’attendu, au prévisible, au probable ?

Qu’est-ce que fait qu’un lieu, qui pourtant existe, puisse être improbable ? Est-ce grâce à un charme, à un sortilège, ou est-ce grâce à un jaillissement spontané, pur, de la poésie que le lieu s’improbabilise?

Ceux qui s’y réunissent, eux-mêmes ne savent pas exactement, car c’est toujours le présent, à chaque fois unique et irreproductible qui, par sa simplicité et son intensité, leur donne le courage et le désir de faire entendre leur voix. Alors, intimement, ils peuvent en faire un don : un ou deux de leurs poèmes lus à haute voix, une pensée ou une émotion partagées avec les autres. Cette improbabilité du moment vécu ensemble, c’est peut-être ce qui les fait revenir, continuer à discuter et travailler ensemble, imaginer les jours de l’avenir.

Si on devrait comparer le Lieu improbable à une forme géométrique, ça serait sans doute le cercle qui exprimerait au plus juste son essence. Tout poète y gravite autour d’un centre, tous plus ou moins à la même distance, autour d’un centre vide, destiné à la parole dite. Le cercle se meut, c’est un cercle vivant, pensant, qui perçoit et ressent avec une grande ouverture et générosité. Soudain, par un coup d’hasard, l’un d’eux se trouve propulsé dans ce centre – juste pour un instant, le temps dont il a besoin pour dire, puis, discrètement, il s’efface derrière des voix qui suivent, qui prennent d’une manière aussi fugitive la place au cœur du cercle.

J’espère que vous m’excuserez si j’utilise cette description figurée pour expliquer ce qui se passe lors des soirée du LI, une description simplificatrice et un peu vague, mais cela me permets de na pas trahir la part de l’inconnu, de l’insaisissable et de l’immaîtrisable qui justement rend les soirées si spéciales.

Toutefois, je dois ajouter que ce n’est pas seulement les poètes qui s’y rencontrent, mais (tout à fait dans l’esprit des « Correspondances ») d’autres artistes et créateurs y participent : peintres, musiciens, danseurs…des individualités remarquables qui se trouvent pour un court instant comme accordées dans un puissant silence d’écoute.

 

 

 

 

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